Conférence aux Archives départementales
160 personnes ont assisté à la conférence « Ce que les archives personnelles nous disent … parcours de vie et histoire », qui a eu lieu jeudi 15 mai.
Christine NOUGARET a présenté les différents types d’archives privées : journaux intimes et correspondances, archives familiales (comme les photos), archives d’entreprises, d’associations, etc. Elle a illustré ses propos d’exemples de documents d’archives privées conservés aux Archives nationales, tels qu’une lettre d’Antoine de Saint-Exupéry s’adressant à sa mère alors qu’il effectuait son service militaire, ou bien encore la carte d’adhésion au parti socialiste de Léon Blum.
Christine NOUGARET a abordé également la question de la sauvegarde de ces archives, dont la remise à un service public d’archives se présente comme une solution possible, par le don, l’achat ou le dépôt.
Cependant, les archives privées parlent surtout des personnes qui se racontent, c’est-à-dire des personnes qui écrivent sur elles-mêmes.
C’est pourquoi il s’avère beaucoup plus difficile d’établir la biographie d’une personne « anonyme », qui n’a pas elle-même laissé de traces écrites. Il ne faut pas oublier qu’au XIXe siècle encore, l’écrit est très peu maîtrisé par les gens n’appartenant pas à l’élite sociale. Cependant, Alain CORBIN, a montré qu’il était tout de même possible de resituer l’environnement de vie d’une personne « anonyme », en étudiant, grâce aux documents d’archives conservés aux Archives départementales, son habitat, sa famille et son activité professionnelle. Il existe en effet une masse de documents qui ne visent jamais l’individu pour lui-même, mais comme élément d’une collectivité. Ces archives permettent notamment de faire l’histoire sociale des singularités (qui diffère de l’histoire des élites). Ainsi, le fameux François-Louis Pinagot, personnage sur lequel Alain CORBIN a entrepris ses recherches (Le monde retrouvé de Louis-François Pinagot, sur les traces d’un inconnu, 1798-1876, 1998), était un sabotier, père de famille, vivant dans la forêt dans un village de l’Orne et travaillait le hêtre pour fabriquer ses sabots.

Vue du public
Néanmoins, la motivation d’Alain CORBIN, lorsqu’il a commencé à effectuer ses recherches, était de répondre à la question suivante : quelles traces laissent les morts ? En fait, pratiquement aucune, car il est impossible de savoir ce que nos ancêtres ont pensé, quelles étaient leurs émotions, quelle était leur représentation du monde. C’est le constat d’Alain CORBIN : l’historien est en mesure de reconstituer le milieu de vie de gens ordinaires, mais en aucune façon leur « intimité ». Le reste n’est que suppositions, et appartient au domaine du probable.